
Toutes les bouteilles, stockées pendant une longue période dans des conditions optimales, ont été placées dans une cave de service, à température adaptée, verticalement, 6 jours avant notre rendez-vous.
Cette dégustation s’est déroulée en deux séances : l’après-midi à 14h puis le soir à 19h30.
Ce compte-rendu détaille les impressions du soir.
Entre autres causes, une aération de 5 heures (dans la bouteille rebouchée en position verticale) peut expliquer les variations dans les appréciations.
Les vins sont dégustés sans présentation à l’aveugle.
Les verres utilisés sont les « Expert » de Spiegelau.
DS : Didier Sanchez – CDC : Cécile Debroas Castaigns – RD : Romain Danzanvilliers – NC : Nicolas Chabot – HD : Henri Dubos – EA : Eric Ambiaud
(Nombre total de dégustateurs : 17)
(Sciaccarello, Nielluccio, Carcaghjolu, Minustellu et Aleatico)
A l’ouverture : DS15 – CDC15 – HD14,5 – RD15,5
Après 5 heures d’aération : DS14,5 – EA14 – NC14,5
Avec un nez gourmand de cerise mûre, d’herbes sèches, de notes florales et épicées, légèrement terreuses, ce premier vin pose le cadre de cette dégustation de vins corses, avec un profil méditerranéen presque italien.
La robe moyennement dense et la bouche structurée par une belle acidité et des tanins anguleux, confirment ce profil à la fois mûr (alcool perceptible et fruits rouges légèrement confiturés) et très frais, que l’on retrouvera tout au long de la dégustation.
L’ensemble produit toutefois un vin un peu austère et rugueux, évoquant la rudesse et le caractère sauvage des paysages corses.
(100% Carcaghjolu)
A l’ouverture : DS14,5 – CDC14.5 – HD14 – RD14
Après 5 heures d’aération : DS14,5 – EA14 – NC14
Le Corcojollu est un cépage endémique de Corse, très peu planté, historiquement cultivé en complantation, et principalement présent dans le sud de l’île.
Cette cuvée en monocépage est très pédagogique. Elle nous permet de saisir clairement les caractéristiques de ce cépage, notamment son apport potentiel de fraîcheur, de tension et de structure dans les assemblages. Toutefois, son manque de chair et de puissance aromatique semble rendre plus difficile l’élaboration d’un vin de monocépage réellement attrayant.
L’expression aromatique, subtile et délicate (grenade, écorce d’orange, herbes sèches), est à peine perceptible. Les tanins, fins mais anguleux, associés à une acidité mordante, confèrent au vin un caractère rustique et austère.
(100% Minustellu)
A l’ouverture : DS14 – CDC14 – HD13,5 – RD14
Après 5 heures d’aération : DS14 – EA13,5 – NC13,5
Le Minustellu présente une robe plus profonde et plus sombre que celle du Carcaghjolu, aux nuances légèrement orangées. Le nez, plus « civilisé », moins sauvage, est proche de celui de la Syrah, avec des accents noirs de mûre sauvage, de réglisse, de violette et d’épices. L’ensemble paraît plus générique et uniforme, du moins sur cet échantillon. La charge tannique est importante. L’acidité, élevée, se montre toutefois moins mordante que celle du Carcaghjolu. Ce vin développe surtout davantage de chair et de matière, tout en conservant une certaine austérité, particulièrement en finale.
C’est l’une des rares cuvées à ne pas évoluer dans le verre, semblant presque figée, et sur une finale relativement courte.
L’impression globale fermée, générique et peu vibrante de ce vin explique notre notation un peu plus faible.
(100% Sciacarello)
A l’ouverture : DS15 – CDC15.5 – HD15 – RD15,5
Après 5 heures d’aération : DS15 – EA14,5 – NC15
Un nez envoûtant d’orange sanguine, de gelée de prune, de pivoine, de terre sèche et de maquis, rehaussé par la vibration d’une discrète acidité volatile.
L’attaque ici est joyeuse et tranche avec l’austérité des vins précédents.
La bouche offre une jolie profondeur, encore une acidité élevée, mais gourmande, des tannins légèrement granuleux sur une texture plus pulpeuse.
La finale reste toutefois dans la lignée et le style, avec des amers bien présents qui s’étirent, soutenant l’aromatique sur un peu plus de longueur.
Un Sciacarello toutefois plus en retenue que ce que l’on connaît habituellement du cépage chez certains excellents domaines.
(Sciaccarellu, Niellucciu, Syrah, Carcaghjolu Neru, Minustellu)
A l’ouverture : DS14 – CDC14.5 – HD14 – RD15
Après 5 heures d’aération : DS14,5 – EA14 – NC14,5
La bouche se montre poudreuse et aérienne, avec une jolie tension entre l’alcool, l’acidité et la structure.
Malgré cela, l’allure fine, élancée, presque svelte, contraste avec des tanins semblant trop patinés par un élevage en bois conséquent, perceptible également à travers de légères notes grillées. Le vin paraît aérien, mais le bois tend à l’alourdir, presque à le domestiquer.
La maturité du fruit lui confère un peu de pulpe et atténue l’austérité, mais la finale demeure sèche.
L’identité apparaît moins marquée que sur les vins précédents, orientée vers un style plus standardisé et international. Cela reste toutefois un joli vin, agréable et gourmand.
(100% Sciaccarello)
A l’ouverture : DS15 – CDC15.5 – HD15,5 – RD15,5
Après 5 heures d’aération : DS15,5 – EA15 – NC15,5
Un style légèrement chaleureux, avec un alcool bien intégré apportant puissance et ampleur. Le profil reste typiquement corse, mais plus rond et solaire, sur la cerise rôtie. Les tanins, fermes et fins, sont bien en phase avec la tension et la signature du Sciaccarellu.
Un vin typique du style du Domaine Comte Peraldi : des Ajaccio souvent plus polis, moins « sauvages » que certains voisins plus rustiques.
(Nielluccio, Sciacarello, Syrah)
A l’ouverture : DSED – CDCED – HD ED – RD ED
Après 5 heures d’aération : DS(14,5) – EA(13) – NC14,5
La structure est bien présente mais l’acidité est dure et la chair semble faire défaut. Sensation liégeuse à peine perceptible et expression aromatique manquante semblent orienter vers un échantillon bouchonné défectueux.
(Sciaccarellu 80%, Niellucciu 20%)
A l’ouverture : DS15,5/16 – CDC16 – HD15,5 – RD16,5
Après 5 heures d’aération : DS16,5 – EA16 – NC16,5
Un vin charnu, doté d’une matière plus généreuse que les précédents, paraissant également moins acide et plus intense sur le plan aromatique. Le fruit s’exprime sur des notes de fraise mûre, de marmelade d’orange, de grenade et de fleur d’oranger, complétées par quelques touches d’épices et de terre sèche.
La structure repose sur des tanins très fins et poudreux, élégants, qui donnent à la bouche une texture soyeuse. La finale est longue et texturée, et prolonge cette sensation de concentration du fruit et de gourmandise.
(80% Grenache, 20% Nielluciu)
A l’ouverture : DS16,5 – CDC16-16.5 – HD15,5 – RD15
Après 5 heures d’aération : DS16 – EA15,5 – NC16
La cuvée YL a un encépagement atypique, car dominé par 80 % de Grenache.
Le nez se montre particulièrement expressif, sur la fraise écrasée et une légère nuance caramélisée propre au grenache, accompagnées de notes florales (rose ancienne), d’orange, d’herbes sèches, de réglisse et d’épices fines.
La bouche est avenante et juteuse, avec une attaque franche et dynamique. Une véritable sensation de « ping-pong » s’installe entre une acidité vive et sapide et une matière croquante et gourmande. La puissance du grenache semble comme tempérée par une fraîcheur, une finesse et des tanins droits certainement engendrés par le terroir corse (altitude, brises marines, sols granitiques) et les 20% de Nielluccio.
(Niellucio, Grenache, Sciacarello, Syrah)
A l’ouverture : DS(15) – CDC(14) – HD14 – RD13
Après 5 heures d’aération : DS(15) – EA16 – NC15,5
Une expression plus mûre, avec des arômes légèrement confiturés au premier abord, mais l’ensemble demeure malheureusement peu expressif, impression confirmée en bouche.
La matière est sèche, avec une finale courte et peu persistante. Un manque général d’expression aromatique se fait sentir, excepté des notes de cuir et une acidité volatile perceptible.
La subtilité attendue est ici perdue, et laisse une impression finale austère et très courte.
(Toutefois, le vin semble avoir été mieux noté lors de la session du soir)
(Niellucciu et Syrah)
A l’ouverture : DS16,5/17 – CDC16.5 – HD17 – RD17
Après 5 heures d’aération : DS16,5 – EA15,5 – NC16.
Une puissance retenue, sans démonstration, qui laisse place à la nuance, à la subtilité, à la profondeur et à la finesse. Le nez, discrètement parfumé, peu intense mais délicat et élégant, presque « pinotant », s’exprime tout en précision. La bouche est portée par une belle énergie et des tanins fins
(Niellucciu et Syrah)
A l’ouverture : DS16 – CDC16.5 – HD15,5 – EA1X – RD16,5
Après 5 heures d’aération : DS17 – EA16,5 – NC17
La robe, pâle et très légèrement tuilée, paraît paradoxalement encore assez jeune par rapport aux vins précédents.
Le nez, en revanche, montre une évolution plus marquée, sur des notes “confiturées” et “figuées”, complétées par des touches discrètes d’eucalyptus. L’aromatique reste agréable mais semble fragile, comme sur le fil, oscillant entre fraîcheur mentholée et débuts tertiaires (rose fanée), ce qui contribue à son charme.
La bouche séduit encore davantage : l’attaque est douce, presque sucrée, apportant une matière ample, voluptueuse, moins serrée que sur les vins précédents. La structure demeure bien présente, avec un toucher de bouche texturé, probablement renforcé par l’élevage en amphore.
Un beau vin, illustrant parfaitement la tension entre fragilité de l’aromatique et structure fine et rocailleuse, souvent trouvée dans les grands vins de l’Italie voisine.
(100% Niellucciu)
A l’ouverture : DS14 – CDC(14,5) – HD14 – RD14
Après 5 heures d’aération : DS14 – EA15 – NC14,5
Le nez s’ouvre sur des notes animales et phénolées, évoquant le cuir, le balsamique et une pointe grillée, auxquelles s’ajoutent des arômes de prune, de cerise noire et de mûre. Si l’expression fruitée se développe davantage à l’aération, une dimension légèrement brettée ou volatile demeure perceptible, donnant au vin un profil typé, sauvage, presque rustique.
La bouche apparaît plus pleine que sur les vins précédents, mais reste marquée par cette sensation animale. La texture semble moins nette, presque « gouachée », avec une structure reposant davantage sur les tanins que sur la maturité du fruit. L’acidité paraît légèrement dissociée de la matière.
La finale se montre asséchante, renforçant l’hypothèse d’une possible déviance microbiologique ou d’une évolution oxydative un peu poussée. L’ensemble conserve un certain caractère et une liberté d’expression, mais au détriment de la précision et de l’harmonie.
(100% Carcajolo Nero)
A l’ouverture : DS16 – CDC16,5 – HD15,5 – RD16,5
Après 5 heures d’aération : DS16 – EA15,5 – NC16,5
La robe est ici très foncée.
Le nez reste relativement discret mais précis, centré sur de petits fruits rouges frais, et des senteurs de maquis, avec une expression nette et sans artifice.
La bouche constitue le véritable point fort du vin : les équilibres y sont remarquables. La matière vibre littéralement, portée par une grande énergie, une acidité dynamique et des tanins fins qui structurent sans alourdir. L’ensemble donne une impression de mouvement et de tension, italienne dans l’esprit, privilégiant l’élan et la buvabilité à la puissance démonstrative.
La finale, persistante sur les fruits rouges, demeure elle aussi plus subtile que spectaculaire, et prolonge cette sensation d’harmonie et de justesse.
Un vin à la fois discret et très équilibré, parmi les plus aboutis de la dégustation.
(100% Carcaghjolu Neru)
A l’ouverture : DS(?) – CDC15 – HD1X – RD13
Après 5 heures d’aération : DS(?) – EA(14) – NC(14)
La robe est la plus sombre de la série, presque noire.
Le nez présente au premier abord une légère volatile et une touche d’animalité (cuir), rapidement dominées par des notes grillées et épicées, évoquant un élevage en bois marqué. L’expression paraît plus démonstrative et moins immédiatement typée corse.
En bouche, le vin développe plus de matière et de densité, avec une trame tannique ferme et une structure ample et ambitieuse. Mais il évolue peu dans le verre, sur un profil presque figé. Ce style plus puissant et plus international séduit certainement certains consommateurs, mais peut donner l’impression que le bois prend le pas sur la personnalité et la typicité du terroir, ce qui est généralement moins apprécié par les dégustateurs du club.
Un vin ambitieux, incontestablement qualitatif, mais dont l’expression s’éloigne du registre plus libre et vibrant rencontré dans le reste de la dégustation.
(80% Niellucciu, 20% Sciaccarellu)
A l’ouverture : DS(?) – CDCTrop vieux – HDpassé – RD (?)
Après 5 heures d’aération : DS(?) – EA14,5 – NC(?)
La robe présente une teinte nettement orangée, témoignant d’un stade d’évolution avancé.
Le nez s’ouvre sur une jolie subtilité – orange confite, fleur d’oranger, gelée de fruits rouges – avant de glisser vers des notes plus tertiaires, légèrement figuées. L’ensemble reste délicat mais manque d’intensité, comme éventé.
La bouche garde une certaine tenue, ample et dotée d’une texture élégante aux tanins finement tissés. Cependant, la chair et la saveur se sont estompées, laissant une impression de vin “fatigué”.
La finale, courte et éteinte, confirme cette perte d’énergie.
Un vin parvenu au terme de son plateau de maturité.
(100% Vermentino)
A l’ouverture : DS(ED) – CDCED – HD14 – RD ED
Après 5 heures d’aération : DS(ED ou 16) – EA(ED)– NC(ED)
Echantillon bouchonné
(Vermentino, Biancu Gentile, Genovese)
A l’ouverture : DS17,5 – CDC17,5 – HD17,5-18 – RD18
Après 5 heures d’aération : DS17,5 – EA17 – NC17,5
Jolie robe à peine dorée.
Le nez impressionne par sa profondeur et sa complexité, mêlant amande, poire mûre, cire et notes grillées davantage liées à l’évolution qu’à un marquage boisé. À l’aération, émergent des nuances de miel d’acacia, de pêche blanche, ainsi qu’une une touche anisée et résineuse. L’ensemble se montre très intense.
La bouche séduit par sa grande harmonie entre puissance et finesse, portée par une acidité salivante. La finale, longue et vibrante, s’étire sur de beaux amers qui prolongent les saveurs et appellent naturellement une nouvelle gorgée.
Un vin ample et élégant, à la fois cérébral et émouvant, qui illustre avec éclat le potentiel de garde et de complexité des grands blancs corses.
(100% Vermentino)
A l’ouverture : DS16,5 – CDC17 – HD16 – RD17,5
Après 5 heures d’aération : DS16,5 – EA16,5 – NC16,5
La robe citron pâle surprend par son apparente jeunesse.
Toutefois, le nez se situe clairement sur un registre évolué, intense, dominé par des notes de noisette grillée, de toast, de miel et de cire. Cette aromatique, très marquée par l’évolution, peut paraître légèrement monolithique, mais reste racée.
Entre texture saline, belle acidité finement intégrée et énergie, la bouche est remarquable aussi. La finale est très longue, vibrante, portée comme le vin précédent par une jolie amertume persistante qui prolonge les saveurs.
Un Vermentino arrivé à un stade avancé d’évolution, mais qui conserve pourtant fraîcheur, tension et précision. Il illustre parfaitement le potentiel de garde des grands blancs corses, au point de paraître bien plus jeune que son âge réel.
(100% Vermentino)
A l’ouverture : DS16,5 – CDC16,5 – HD16 – RD16,5
Après 5 heures d’aération : DS16,5 – EA16,5 – NC17
La robe or pâle annonce un vin déjà engagé dans l’évolution.
Le nez offre encore de beaux arômes tertiaires et profonds, arrangés en couches successives avec des notes de cire, d’amande et des touches miellées. De nouveau une grande énergie et vibration en bouche, avec une belle acidité qui structure l’ensemble. La matière reste vivante, même si cette acidité apparaît ici un peu moins intégrée que sur les vins précédents.
Une légère acidité volatile est perceptible mais apporte une nuance supplémentaire. L’oxydation ménagée qui rend ces vins magnifiques pendant cinq à dix ans, semble toutefois atteindre ici son point de bascule.
Un joli vin encore expressif et vibrant, mais arrivé à un stade avancé d’évolution. A boire rapidement.
(100% Vermentino)
A l’ouverture : DS17,5/18 – CDC18 – HD17 – RD18
Après 5 heures d’aération : DS18 – EA17,5 – NC18
Un nez plus abouti, plus riche et plus complexe que celui de Carco, avec une expression plus ample et plus profonde.
La bouche gagne en plénitude, en matière, en générosité, tout en conservant une belle tension. Dès l’attaque, le vin révèle un grand charisme. L’acidité est ici parfaitement intégrée et apporte une énergie folle.
La finale est longue, charnue et toujours vibrante, avec une grande sensation de fraîcheur.
Un vin complet et charismatique, qui a encore quelques belles années devant lui.
(100% Vermentino)
A l’ouverture : DS16 – CDC15,5 – HD15,5 – RD16
Après 5 heures d’aération : DS16 – EA16,5 – NC16
Le nez se montre plus mûr dans son expression, mais aussi plus « pommadé », sur des arômes crémeux et pâtissiers évoquant le beurre, la poire pochée, une touche de baba au rhum, et des notes d’évolution rappelant le pétrole.
La bouche confirme cette impression : la finale se montre chaleureuse, manquant un brin de tension et de relief. Une sensation texturée, presque pâtissière, domine, au détriment de la finesse et de l’énergie observées sur les autres vins.
Un vin toutefois d’excellente qualité, mais qui apparaît moins abouti et moins élégant.
Cette dégustation de vins corses a confirmé notre vision de leur identité, forte et singulière.
Les rouges ont souvent exprimé une austérité marquée, une acidité élevée et des tanins anguleux, traduisant des vinifications peu interventionnistes et une volonté de préserver un caractère sauvage, presque brut. Cette liberté stylistique, si elle confère aux vins une personnalité affirmée et une forte résonance avec les paysages corses (maquis, vent, sols pauvres et accidentés) s’accompagne aussi d’une certaine fragilité : évolution rapide dans le verre, sensibilité à l’oxygène, présence ponctuelle d’acidité volatile ou de notes animales.
Nous avons eu des débats autour de l’élevage, comme d’accoutumée à IVV. Lorsqu’il est démonstratif, le bois apporte certes structure, complexité et longévité, mais tend à « maquiller » le vin, lui conférant puissance et densité au détriment de l’expression variétale et de la typicité corse. Toutefois, ce style international est recherché par une certaine clientèle. À l’inverse, les vins les plus convaincants pour nous parmi les rouges ont été ceux où la structure, l’acidité et la maturité du fruit trouvaient un équilibre juste, sur le fil, laissant s’exprimer une vibration et une tension entre les éléments structuraux.
Les blancs ont, en revanche, largement rassemblé les dégustateurs. Ils nous ont confirmé le potentiel des grands Vermentino corses, capables de conjuguer maturité aromatique élevée et acidité remarquable, même après quinze à dix-sept ans de bouteille. Leur évolution, souvent marquée par une oxydation ménagée, des notes de cire, de résine, de miel et de beaux amers, montre une remarquable capacité à vieillir avec grâce.
La force des vins corses réside dans leur liberté et leur forte identité, mais cette même liberté peut les rendre parfois difficiles d’accès et peu consensuels. Ils ne cherchent pas la séduction facile, mais l’expression fidèle du terroir. Une dégustation exigeante, stimulante et très instructive.